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Gran Torino

Avant d’être un film, une Gran Torino était un modèle de voiture produit par le constructeur automobile Ford. Un modèle sans précédent (exceptée la Mustang GT), surpuissant, mythique, rendu célèbre à travers le monde par l’intermédiaire de la série « Starsky et Hutch ». Par la puissance et le chant de son moteur, ainsi que la beauté pure de ses courbes, la Gran Torino a suscité tant d’admiration, de rêves, de fantasmes, et d’émotions que Clint Eastwood en fit le centre d’intérêt matériel pour en faire son « Gran Torino » à lui, en étant à la fois interprète, réalisateur et producteur. Après tout, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. A l’instar d’un véhicule qui attire irrémédiablement le regard, suscitant du même coup bien des convoitises et du respect, « Gran Torino » est surtout une vitrine des codes de leçons de bonne conduite. J’irai même jusqu’à dire que ce véhicule n’est qu’un prétexte pour implanter l’intrigue, occupée par des personnages charismatiques, notamment Walt Kowalski, vétéran de la guerre de Corée, empli de nombreux préjugés, profondément raciste, habitant dans un quartier déserté par ses compatriotes au profit d’immigrants asiatiques. L’homme, qui refuse obstinément de vieillir, est projeté dans une nouvelle solitude puisqu’il vient de perdre sa femme, ce qui le rend encore plus irascible, inflexible, bougon, peu sympathique, et occupe alors ses journées comme il le peut en maugréant sur tout, tout en se régalant de quelques bières et de quelques cigarillos. Les superlatifs pour qualifier ce personnage sont nombreux et manquent en même temps. Seul son langage fleuri permet de remplacer tous les qualificatifs relatifs au caractère de cet homme qui se planque derrière cette grossièreté. Et pourtant, nous le prenons en sympathie tout de suite. Clint Eastwood incarne avec beaucoup de justesse ce retraité des usines Ford, avec ce rictus et ces yeux globuleux au regard noir qui trahissent sont plus vif mécontentement, sans oublier ces marmonnements aux paroles parfois désopilantes malgré la teneur des propos. En somme, c’est un homme peu avenant que plus rien n’intéresse mis à part son propre bien-être, au patriotisme démesuré. Une façon d’être confortée par le fait qu’il ne tarde pas à être confronté à la tentative de vol de sa Gran Torino chérie. Et pourtant, c’est avec son sens de l’observation que certaines de ses certitudes vont être ébranlées, et on découvre que derrière cette façade désagréable au possible, se cache un homme rempli de principes et de vraies valeurs dont il déplore peu à peu l’inexorable disparition. Aussi, au vu de tout ce qui se passe autour de nous, il y a fort à parier que « Gran Torino » restera d’actualité pendant longtemps, d’autant plus qu’il a été traité avec une énorme dimension humaine, véritable marque de fabrique du cinéaste. La réalisation est donc simple, classique, sans fioritures ni artifices quelconques, et néanmoins efficace, sans se perdre dans des sous-sujets inutiles. La psychologie des personnages est bien développée, en sachant nous présenter l’essentiel tout en évitant de se perdre dans de pompeux méandres de psychologie approfondie. Il en résulte une photographie léchée, portée par un éclairage à la fois sombre et lumineux. César du meilleur film étranger, « Gran Torino » est un film que j’ai eu plaisir à revoir, alors que j’étais un peu passé à côté (et sur lequel j’étais resté quelque peu dubitatif) lorsque je l’ai découvert. Ce drame, parce que ça en est un, réussit à nous faire sourire, (Clint Eastwood réussit la prouesse de nous faire passer du drame à la cocasserie avec une facilité déconcertante), malgré la gravité du sujet argumenté de scènes intenses en émotionSpoiler: , avec un twist final qui ne manque pas de surprendre. Une grande œuvre de l’homme sans nom qui s’est fait un nom, bien aidé par un casting irréprochable, que ce soit l’interprète de Thao (Bee Vang), de Sue (Ahney Her), et du père Janovich (Christopher Carley), car eux aussi se sont fait un nom.

Durée: 116 min

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IMDb: 8.1

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