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Matrix Reloaded

Deuxième volet de la trilogie révolutionnaire, totalement incompris et snobé par critiques et public, Matrix Reloaded se révèle pourtant supérieur à son prédécesseur déjà mythique, plus dément encore de mise en scène, d’effets spéciaux, de complexité philosophique et d’intelligence de scénario. C’est bien là que le bas blesse pour la majorité d’une société préférant rester épanouie dans le confort de leur ignorance plutôt que d’endurer quelque souffrance pour tenter d’aller décrocher la lune de l’intellect et de l’élévation spirituelle. C’est justement sur ce point que Matrix Reloaded s’avère encore plus difficile d’accès que Matrix, et cela peut majoritairement s’expliquer par le changement de statut des personnages dans l’histoire, en particulier Morpheus. Dans Matrix, Morpheus explique la “vérité” à Neo et lui dispense un enseignement spirituel et martial. Le public est mis sur le même pied d’égalité que Neo et Morpheus devient indirectement notre mentor, nous expliquant les grandes lignes. Dans Matrix Reloaded, ce n’est plus si simple. Les statuts des personnages ont changé et leur rôle partent un peu dans tous les sens, bien que restant d’une logique implacable : Neo est désormais l’élu, Morpheus passe donc du statut de mentor à coéquipier. Même l’Agent Smith et l’Oracle changent de statut. L’Agent Smith qui avait le statut bien défini d’agent du système dans le premier volet se libère de ce rôle dans le second pour endosser celui plus obscur de “trouble-fête” agissant pour son seul intérêt. Quant à l’Oracle, ses réelles intentions deviennent de plus en plus floues. Nous distinguons mal si nous avons affaire à une alliée sincère ou à une manipulatrice de premier ordre. Le public est donc lâché pour de bon dans le grand bain de l’histoire, devant affronter seul toute sa richesse et sa philosophie, et il faut bien évidemment visionner le film minimum une dizaine de fois pour saisir toute sa magnificence intellectuelle et visuelle, même si au bout de cent fois, mille fois, un million de fois, nous découvrirons encore de nouvelles choses ou nous percevrons ces aspects sous un angle encore différent. Alors quand par dessus cela, de nouveaux personnages font leur apparition (le Mérovingien, l’Architecte) et nous “imposent” un sacré casse-tête pour tenter de saisir leur discours, surtout celui de l’Architecte qui s’avère d’une rare complexité et pourtant d’une divine justesse, tout du moins d’une importance capitale puisque synthétisant tout ce qui fait l’essence même de la trilogie, le public “fast-food” de cette société où il s’avère plus valorisant de consommer que de réfléchir décroche définitivement et zappe le film. Il serait trop long d’expliquer en détail ce second volet. Il est à retenir que nous avons affaire ici à un film d’une intelligence et d’un réalisme intellectuel repoussés comme jamais scénario de cinéma n’a été autant abouti. Pour tenter de faire simple, Matrix était une allégorie sur la naissance et l’accomplissement de soi dans la voie de l’action plus que dans celle de la méditation. S’en suit avec Matrix Reloaded une allégorie sur la vie et la destinée dualisée entre le déterminisme (point de vue du Mérovingien et son fameux “cause-effet” appliqué dans la matrice par l’Architecte) et l’existentialisme (point de vue de Morpheus qui prône le libre-arbitre sur le choix à réaliser, appliqué dans la matrice par l’Oracle). Cette dualité est évidemment symbolisée dans la scène où Neo se retrouve confronté à ce choix face à l’Architecte entre la porte de droite (le rechargement de la matrice imparfaite pour recommencer un cycle d’évolution, on peut d’ailleurs apercevoir ici le lien avec Nietzsche et ses notions d’Eternel retour et de naissance du Surhomme, en l’occurrence l’élu dans la matrice), et la porte de gauche (sauver Trinity, c’est à dire agir selon ce que lui dicte ses sentiments tout en gardant l’espoir de sauver Sion, choix qui échappe à l’Architecte comme le précisera l’Oracle dans Matrix Revolutions). Ce qui est important de retenir, c’est que cette dualité est la pierre angulaire de tout le scénario. Elle est d’ailleurs explicitée par l’opposition concrète ou plus subtile entre ses deux représentants : Neo face à Smith, l’Oracle face à l’Architecte, Morpheus face au Mérovingien, Trinity face à Perséphone, le conseiller Hammond face au commandant Locke… C’est la sempiternelle dichotomie pilule bleue contre pilule rouge. Une fois que l’on a saisi cette finesse du scénario, on peut commencer à comprendre et apprécier à sa juste valeur Matrix Reloaded et Matrix Revolutions, d’autant que ce second film est incroyablement rythmé par une mise en scène archi-détaillée et stylisée d’un spectacle artistique ahurissant. Techniquement comme artistiquement, les scènes d’action de Matrix Reloaded surclassent celles de Matrix déjà époustouflantes. Le combat entre Neo et les répliques de Smith dans le square est stupéfiant de détail et de finesse artistique. Chaque mouvement à l’écran est soulignée par des variations musicales de la bande-son qui l’accompagne, comme lorsque Neo tourbillonne en l’air avec une barre d’acier, la musique l’accompagne d’un tourbillon électro-classique vertigineux. Même particularité artistique pour l’opposition entre Morpheus et les jumeaux du Mérovingien dans le parking souterrain du restaurant. Le combat est rythmé et synchronisé par la musique. Le beat de la bande-son marque chaque mouvement de sabre de Morpheus sur chaque changement d’aspect des jumeaux lorsqu’ils deviennent “fantômatiques”. De surccroît, la longue scène d’action qui s’en suit sur le freeway est d’un spectacle d’une adrénaline folle. Je m’arrêterais à ces quelques exemples pour expliquer combien Matrix Reloaded est un film d’une absolue qualité, tant sur le fond que la forme. Si mal jugé comme le sera Matrix Revolutions, cela ne peut qu’apporter plus de grandeur aux rares qui ont su aller voir au-delà des apparences. 20 / 20. n°1 dans mon Top Films

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